6ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C

Les sentiers de la perdition

(6ème dimanche du Temps Ordinaire, année C, Luc 6, 17.20-26)

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IMG_6eme_dim_TO_C_sentiers_de_perditionPeut-être avez-vous vu le film de Sam Mendes « Les sentiers de la perdition » dont le titre original est « Road to Perdition », avec Tom Hanks et Paul Newman, film sorti en 2002 et récompensé par un Oscar en 2003. C’est le portrait de Michael Sullivan, un tueur à gages dans le Chicago des années 30, qui vit grassement et s’enrichi grâce à John Rooney (Paul Newman) dont il exécute les basses besognes. Dans le film, Perdition désigne une petite ville au bord du lac Michigan, mais c’est bien sûr et avant tout un euphémisme pour désigner l’enfer. Sans s’en rendre compte, petit à petit, Michael Sullivan s’engage sur cette route qui le mène vers un abîme de douleur, un enfer qu’il a lui-même crée. Cet homme en perdition paie de sa propre vie l’illusion du pouvoir et de la richesse dans laquelle il vivait.

Oui, l’illusion est quelque chose de facile. Les panneaux qui jalonnent les sentiers de la perdition qui s’ouvrent devant nous sont constamment sous nos yeux. Gagnez plus ! Faites bombance ! Profitez de tout ! Affichez une image qui fera crever de jalousie vos petits copains ! Riez de la vie facile ! Tous ces messages que placardent partout les médias ne font qu’alimenter cette illusion de bonheur et de richesse dans laquelle vit notre société. Certains pensent pouvoir se satisfaire pleinement à l’aide de biens terrestres. Dans leur logique, Dieu ne sert à rien… et l’on peut tout simplement s’en passer.

Ils oublient volontiers une phrase que l’on trouve dans le Livre des Proverbes* et qui décrit très bien le mythe dans lequel ils vivent: « L’enfer et l’abîme de perdition ne sont jamais rassasiés; les yeux des hommes sont de même insatiables. » Tout est là : cette course permanente vers le « toujours plus » et cette accumulation de « beaucoup trop » mènent à la ruine. Frédéric Lenoir** en a même fait le sujet de son livre « La guérison du Monde » où il nous incite à la « sobriété heureuse ».

C’est également en substance ce que décrit le Christ dans l’évangile de ce jour : si nous ne savons pas mesurer nos appétits, nous préparons notre propre perte. Jésus est né au fond d’une étable, obligé de fuir pour échapper à la mort que lui promettait Hérode, travaillant toute sa jeunesse et pauvre jusqu’à avouer que « le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête***.» Il parle donc en connaissance de cause en nous demandant de faire preuve d’humilité, de charité et de compassion.

Ce que nous demande Jésus est finalement très simple : éviter les sentiers de la perdition qui ne mènent nulle part. Simple, oui, mais il a été le premier à le dire haut et fort ! Et son message a traversé le temps, sans jamais être démenti.   

Bernard Vollerin

*Livre des Proverbes 27, 20

** « La guérison du Monde » de Frédéric Lenoir, Fayard, Octobre 2012

*** Mathieu 8, 20

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc (6, 17.20-26)

Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.

Regardant alors ses disciples, Jésus dit :
« Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous !
Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés ! Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez !
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, soyez heureux et sautez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel : c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation !
Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim ! Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous : c’est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

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