11ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C

Personne n’est parfait !

(11éme dimanche du Temps Ordinaire, année C, (Luc 7, 36-50; 8, 1-3)

11ème dimanche du Temps ordinaire, Année C - PharisiensVous souvenez-vous de ce grand classique du cinéma américain « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder ? Au-delà des cinq Oscars qu’il a obtenus en 1960, il reste célèbre par le dialogue qui prend place tout à la fin du film entre Daphnée, un homme déguisé en femme pour diverses raisons, et Osgood, un milliardaire avec son yacht de luxe qui veut à toute force épouser Daphnée. La fameuse Daphnée, en désespoir de cause et ayant tout essayé pour le persuader d’abandonner son projet, s’exclame : « Tu ne comprends pas, Osgood, je suis un homme ! » Et Osgood de répliquer tout en continuant à piloter son bateau : « Eh bien … personne n’est parfait !»

Les pharisiens de l’époque de Jésus, eux, se pensaient parfaits. Ils obéissaient à tous les préceptes de la Loi juive, se gardaient de toute impureté, avaient belle façon et étaient pétris de bonnes manières. Et Jésus qui avait le talent de pointer du doigt leurs imperfections et de révéler leurs faiblesses s’attirait bien souvent leurs foudres.

Par contre, la prostituée dont il est question dans l’Évangile d’aujourd’hui, elle, ne se fait aucune illusion : elle se sait dans le péché, elle connait ses erreurs et ses défauts, et c’est en pleurs qu’elle demande à Jésus de la sortir de l’ornière.

Nous sommes dans une situation triangulaire un peu bizarre avec Jésus placé face à deux personnes aux antipodes l’une de l’autre, l’une incarnant un soi-disant idéal et l’autre se trouvant accablée de toutes les turpitudes. Ce qui relie l’ensemble, c’est le message d’amour que Jésus propose. Un amour des uns pour les autres, d’où qu’ils viennent et aussi imparfaits soient-ils, un amour qui modifie notre perception des choses, un amour qui en fin de compte change notre vie.

Si la prostituée s’invite chez Simon le pharisien, c’est parce qu’elle sent intuitivement que sa rencontre avec le Christ peut effectivement changer sa vie : elle pense qu’elle sera traitée avec respect et compassion au lieu d’être trainée dans la boue. Si de son côté le pharisien accepte la présence de cette prostituée, c’est qu’il se croit au-dessus de tout ça. Ce qui ne l’empêche pas de recevoir une volée de bois vert et de prendre une bonne leçon de modestie et d’humilité lorsque Jésus lui fait comprendre qu’il n’a pas le monopole du cœur.

Ainsi donc, personne n’est parfait ! Pour changer, pour nous améliorer, suivons le chemin d’amour que nous trace Jésus. Ce chemin est éclairé par les étoiles de notre foi et elles illuminent nos âmes tout au long de ce parcours qui nous conduit à lui.

BV

Évangile de Jésus selon Saint Luc (7, 36-50 ; 8, 1-3)

Chapitre 7 :

36 Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.

37 Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum.

38 Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum.

39 En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. »

40 Jésus prit la parole : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. »

41 Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.

42 Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l’aimera davantage ? »

43 Simon répondit : « C’est celui à qui il a remis davantage, il me semble. — Tu as raison », lui dit Jésus.

44 Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux.

45 Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n’a pas cessé d’embrasser mes pieds.

46 Tu ne m’as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m’a versé un parfum précieux sur les pieds.

47 Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »

48 Puis il s’adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. »

49 Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »

50 Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »

Chapitre 8 :

01 Ensuite Jésus passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient,

02 ainsi que des femmes qu’il avait délivrées d’esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons),

03 Jeanne, femme de Kouza, l’intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les aidaient de leurs ressources.

32ème dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Méfiez-vous des scribes !

(32ème dimanche du Temps Ordinaire, année B, Marc 12, 38-44) — 

IMG_32_TO_B_scribes_et_pharisiensCette exclamation de Jésus n’est pas surprenante. Les scribes étaient, en quelque sorte, ceux qu’il condamnait le plus souvent pour leur morale et leur enseignement qui étaient l’antithèse même de son message.

A cette époque, les scribes étaient parmi les plus féroces opposants à Jésus, car ils étaient « la voix de la tradition » alors que Jésus venait avec un message nouveau qui dérangeait. Ils étaient instruits, d’un niveau social assez élevé, appartenant aux grandes familles de notables ou de commerçants. Ils constituaient une sorte de caste ou de « dynastie » à part, leur fonction s’exerçant souvent de père en fils. En quelque sorte tout le contraire de Jésus ! Certains d’entre eux devenaient prêtres, parfois de tendance saducéenne, mais le plus souvent pharisiens dans l’âme, mus par cette obsession du respect total de la Loi.

Jésus désapprouvait les scribes et les pharisiens. Pour lui, ils ne faisaient que multiplier les occasions de se donner bonne conscience, de paraitre « corrects », au lieu de faire œuvre de compassion ou d’amour à l’égard d’autrui.

Cela ne vous rappelle-t-il pas ce qui se passe sous nos yeux, de nos jours, avec tous ces « scribes modernes » qui nous entourent ? Ah oui ! Ils sont de la caste des notables. Bien sûr, ils respectent les lois, ceux qui se montrent en « robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques. »

Méfiez-vous donc des scribes d’aujourd’hui. Même si apparemment ils ne dévorent pas ou plus « les biens des veuves », leur attitude est méprisable. Ils se sont égarés, ils ont oublié le message du Christ et ils confondent trop facilement apparence et substance. Eloignons-nous d’eux et restons centrés sur la Parole de notre Seigneur faite d’amour, de charité et de pardon.

Bernard Vollerin

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (12, 38-44)

38 Dans son enseignement, il disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,

39 les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.

40 Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

41 Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.

42 Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.

43 Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.

44 Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

22ème dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Vous avez dit « impur » ?

(22ème dimanche du Temps Ordinaire, année B, Mc 7, 1-8.14-15.21-23)

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IMG_22eme_TO_B_impureté_pharisiensLes pharisiens ont beau jeu ! Eux qui se disent « au-dessus de tout », les purs par excellence, les montreurs du doigt, ils essaient encore une fois de confondre Jésus en l’accusant de ne pas se conformer aux traditions.

Mais Jésus les remet vivement à leur place les traitant ouvertement d’hypocrites et en s’appuyant pour cela sur la parole d’Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » Ce qui veut dire, en clair, que l’amour vrai se fiche des conventions et des traditions humaines.

Les apparences de « pureté » auxquelles s’attachent les pharisiens sont finalement assez futiles : se laver des pieds à la tête avant de prendre un repas donne une impression de propreté extérieure, c’est tout, mais ne contribue en rien à la pureté intérieure. Ceci me rappelle le témoignage poignant que j’ai reçu du Chapelain de la Chambre des Représentants du Congrès américain, le Pasteur James D. Ford. En pleine guerre du Vietnam, près du front, il réunissait souvent les soldats en tenue de combat, pas rasés, pas très propres ni très frais, pour leur donner la communion et prier avec eux*. Comme quoi, il faut savoir aller à l’essentiel.

Il faut arriver à se défaire des apparences. Des petites phrases comme « propre en ordre » ou « la lessive X lave plus blanc » que l’on pourrait presque mettre dans la bouche des pharisiens, ne parlent que de l’aspect des choses, mais pas de ce qui est en nous !

Impurs ? Oui, nous le sommes tous plus ou moins, mais nous le sommes en dedans de nous-mêmes. Ne mélangeons donc pas les choses : pureté intérieure et propreté extérieure sont finalement bien éloignées l’une de l’autre.

Bernard  Vollerin

* “The Long Gray Line: The American Journey of West Point’s Class of 1966”, de Rick Atkinson, éditeur Henry Holt and Company LLC.

31ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A

Dominer ou servir ?

(31ème dimanche du Temps Ordinaire, année A, Matthieu 23, 1-12)

IMG_dominerPetite pièce de théâtre.

Scène Une : la salle des marchés d’une grande banque. Des dizaines de traders affairés scrutant leurs écrans, jouant avec des algorithmes qui suivent les cours à la milliseconde près, vendant « à découvert » ce qu’ils n’ont pas et achetant avec l’argent des autres. Il leur faut faire un maximum de profit en un minimum de temps et s’enrichir pour dominer autrui, sans état d’âme ni concession aucune.

Scène Deux : un « Resto du Cœur » ou un centre d’accueil où l’on sent la compassion, l’écoute, où l’on apporte de l’aide, en toute simplicité et humilité. Un endroit où les « piégés de la vie » reprennent espoir.

Scène Trois : vous et moi sur scène, ballottés entre, d’un côté, la course aux apparences, le désir de « réussir », de recevoir des honneurs et le goût des palais éphémères que nous nous sommes construits et, d’un autre côté, l’envie d’aider, de sentir un amour fraternel, de se réconforter les uns les autres et même d’essayer ensemble d’éradiquer la misère morale ou matérielle autour de nous.

Cette petite pièce de théâtre met à jour un paradoxe : si les acteurs de la Scène Une, ces pharisiens cupides qui nous font espérer monts et merveilles ont vidé nos églises, ceux de la Scène Deux, ces humbles, ceux que la vie a cabossés, ne les ont pas remplies pour autant. Bizarre, n’est-ce pas ?

Et bien à mon sens ce n’est pas étonnant, car comme l’annonçait Matthieu* en parlant de la mainmise des pharisiens : « Maintenant, Dieu abandonne votre Temple entre vos mains, et il restera désert ». Oui, les pharisiens d’hier et d’aujourd’hui sont pléthore, même au sein de notre Église, à tel point que celle-ci ne sait parfois plus bien faire entendre la parole du Christ. On s’égosille… et les gens tournent le dos.

Mais ne nous arrêtons pas là, continuons le lent travail de conversion qui est nécessaire pour qu’éclate en pleine lumière le sens profond de la Parole du Christ, pour que les pharisiens d’aujourd’hui prennent conscience des dégâts qu’ils causent et que les humiliés et ceux qui se sont fait piéger par la vie reprennent espoir.

Passons aux actes ! Mettons en pratique les enseignements que Jésus nous a laissés au lieu d’en rester à rabâcher de belles paroles. Redonnons leur place à l’amour, à la chaleur des contacts et mettons nous au service de tous, pour que chacun se retrouve dans une Église qui suive les chemins que le Christ a tracés.

Bernard Vollerin

* Évangile selon Saint Matthieu, Chapitre 23, verset 31

Évangile selon Saint Matthieu 23, 1-12

01 Alors Jésus déclara à la foule et à ses disciples :

02 « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse.

03 Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.

04 Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.

05 Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ;

06 ils aiment les places d’honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues,

07 les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.

08 Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul enseignant, et vous êtes tous frères.

09 Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.

10 Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.

11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.

12 Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé.