Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année C

Qui est coupable ?

(Rameaux – La Passion du Seigneur, année C, Luc (19, 28-40 ; 22, 14-71 ; 23, 1-56)

(Traduction en polonais)

IMG_rameauxLes foules font peur. Elles se retournent facilement. Elles vous acclament puis le lendemain peuvent facilement vous huer…ou même devenir hostiles. Elles ne réfléchissent pas : elles agissent comme une seule masse, immédiatement. A Jérusalem, elles accueillent Jésus en triomphe, comme le Messie, puis le condamnent à mort quelques jours plus tard. Quelle contradiction!

Jérusalem ? En bonne partie, cette ville hait Jésus et il y vient peu. Il y est vu comme un trouble-fête qui fait ombrage au tourisme religieux qui rapporte gros, et comme celui qui s’oppose ouvertement au Temple. En effet, le Temple est le plus important employeur de la ville : il fait vivre des milliers de petits commerçants qui gravitent autour de la caste des prêtres et des riches de la haute ville. Même si les petites gens aiment Jésus, ils ne veulent pas perdre leur gagne-pain et n’hésiteront donc pas à se retourner contre lui pour plaire aux puissants. Comme quoi, rien n’a bien changé…Quelle horreur !

En venant à Jérusalem contre l’avis de ses disciples qui voient bien un drame se profiler, Jésus se jette volontairement dans la gueule du loup.  Ceux qui l’accueillent triomphalement sont le mêmes qui demanderont son exécution pour plaire aux prêtres. Et dans tout ça, Judas qui sent bien le vent tourner, n’aura aucun mal à accomplir sa besogne. Quel dégout !

Oui, contradiction, horreur et dégout : voilà ce que nous inspirent ces lectures. Jésus mourra abandonné de tous, ou presque, lui qui a levé des foules entières.

Jésus se rend à Jérusalem au pire moment : celui de la Pâque, où l’on célébrait le printemps et la libération du peuple juif qui avait vécu l’esclavage en Égypte. La ville est encombrée de pèlerins, tout le monde est là, et les risques sont tels que même le gouverneur de la province transfert temporairement chaque année ses quartiers de Césarée à Jérusalem pour parer à toute éventualité. Il y a des soldats à chaque coin de rue. Quand Jésus arrive la foule reconnaît le Messie et l’acclame. Mais, une fois dans la ville, Jésus ne se conforme pas aux habitudes mercantiles de ceux qui l’entourent. Bien au contraire, il renverse tout dans le Temple, chassant les marchands, et se mettant définitivement à dos toute la noria de prêtres alentour : s’en est assez, et ils décident de l’éliminer.

Mais les prêtres sont-ils les seuls coupables des souffrances et de la mort de Jésus, ces « juifs perfides » de l’époque comme la liturgie du Vendredi Saint les appelait (en rappelant que le pape Jean XXIII demanda à ce que l’on enlève l’adjectif « perfide ») ? Serait-ce aussi cette foule qui profitait du « business » mis en place par les prêtres autour du Temple ? Seraient-ce les pécheurs, ceux qui refusaient le message de Jésus pour continuer à vaquer à leurs petites affaires et à servir l’argent pour l’argent ? Enfin, est-ce nous, si nous avions été sur place ?

En fait, ceux qui ont fait souffrir et qui ont tué le Christ, sont ceux qui ont refusé son message d’amour, un amour des uns pour les autres, sans exclusive, en pensant en premier aux pauvres, aux malades, aux petits, aux humbles et aux exclus. Ce sont les mêmes qui ont refusé (et qui refusent encore aujourd’hui) de voir en Jésus l’envoyé de Dieu, parce que ceci est incompréhensible à leurs yeux.

Jésus s’est livré volontairement à ses bourreaux. Par ses souffrances et par sa mort, il nous dit qu’il est avec nous dans notre propre souffrance et notre propre mort et qu’en Dieu il nous faut espérer. Nous devons rester fidèles à sa Parole, rester fidèles à celui qui, par son sacrifice, nous a fait la démonstration éclatante de l’amour ultime.

Bernard Vollerin

Évangile selon Saint Luc (19, 28-40 ; 22, 14-71 ; 23, 1-56)

Chapitre 19, 28-40 (Rameaux)

28 Après avoir dit ces paroles, Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem.

29 A l’approche de Bethphagé et de Béthanie, sur les pentes du mont des Oliviers, il envoya deux disciples :

30 « Allez au village qui est en face. A l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché : personne ne l’a encore monté. Détachez-le et amenez-le.

31 Si l’on vous demande : ‘Pourquoi le détachez-vous ?’ vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin.’ »

32 Les disciples partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit.

33 Au moment où ils détachaient le petit âne, ses maîtres demandèrent : « Pourquoi détachez-vous cet âne ? »

34 Ils répondirent : « Le Seigneur en a besoin. »

35 Ils amenèrent l’âne à Jésus, jetèrent leurs vêtements dessus, et firent monter Jésus.

36 A mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin.

37 Déjà Jésus arrivait à la descente du mont des Oliviers, quand toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus :

38 « Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »

39 Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, arrête tes disciples ! »

40 Mais il leur répondit : « Je vous le dis : s’ils se taisent, les pierres crieront. »

Chapitre 22, 14-71 (Passion)

14 Quand l’heure fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui.

15 Il leur dit : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !

16 Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »

17 Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit : « Prenez, partagez entre vous.

18 Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu. »

19 Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »

20 Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.

21 Cependant la main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table.

22 En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l’homme qui le livre ! »

23 Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d’entre eux allait faire cela.

24 Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ?

25 Mais il leur dit : « Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs.

26 Pour vous, rien de tel ! Au contraire, le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert.

27 Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.

28 Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.

29 Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi.

30 Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.

31 Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.

32 Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. »

33 Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. »

34 Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. »

35 Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? »

36 Ils lui répondirent : « Mais non. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a de l’argent, qu’il en prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une.

37 Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les pécheurs. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »

38 Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »

39 Jésus sortit pour se rendre, comme d’habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent.

40 Arrivé là, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. »

41 Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait :

42 « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

43 Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.

44 Dans l’angoisse, Jésus priait avec plus d’insistance ; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre.

45 Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis à force de tristesse.

46 Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »

47 Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour l’embrasser.

48 Jésus lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? »

49 Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : « Seigneur, faut-il frapper avec l’épée ? »

50 L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite.

51 Jésus répondit : « Laissez donc faire ! » Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit.

52 Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, chefs des prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ?

53 Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est maintenant votre heure, c’est la domination des ténèbres. »

54 Ils se saisirent de Jésus pour l’emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin.

55 Ils avaient allumé un feu au milieu de la cour et ils s’étaient tous assis là. Pierre était parmi eux.

56 Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. »

57 Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas. »

58 Peu après, un autre dit en le voyant : « Toi aussi, tu en fais partie. » Pierre répondit : « Non, je n’en suis pas. »

59 Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C’est sûr : celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. »

60 Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.

61 Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. »

62 Il sortit et pleura amèrement.

63 Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le maltraitaient.

64 Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? »

65 Et ils lançaient contre lui beaucoup d’autres insultes.

66 Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l’emmenèrent devant leur grand conseil.

67 Ils lui dirent : « Si tu es le Messie, dis-le nous. » Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ;

68 et si j’interroge, vous ne répondrez pas.

69 Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. »

70 Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « C’est vous qui dites que je le suis. »

71 Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l’avons entendu de sa bouche. »

Chapitre 23, 1-56 (Passion)

01 Ils se levèrent tous ensemble et l’emmenèrent chez Pilate.

02 Ils se mirent alors à l’accuser : « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et se dit le Roi Messie. »

03 Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi qui le dis. »

04 Pilate s’adressa aux chefs des prêtres et à la foule : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. »

05 Mais ils insistaient : « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu’ici. »

06 A ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen.

07 Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là.

08 A la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle.

09 Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien.

10 Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l’accusaient avec violence.

11 Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate.

12 Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant ils étaient ennemis.

13 Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple.

14 Il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation.

15 D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort.

16 Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »

17

18 Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »

19 Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville.

20 Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.

21 Mais ils criaient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »

22 Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »

23 Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient.

24 Alors Pilate décida de satisfaire leur demande.

25 Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

26 Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus.

27 Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.

28 Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !

29 Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’

30 Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous’.

31 Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

32 On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.

33 Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche.

34 Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.

35 Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »

36 Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,

37 ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

38 Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

39 L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »

40 Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !

41 Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »

42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »

43 Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

44 Il était déjà presque midi ; l’obscurité se fit dans tout le pays jusqu’à trois heures, car le soleil s’était caché.

45 Le rideau du Temple se déchira par le milieu.

46 Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.

47 A la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c’était un juste. »

48 Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine.

49 Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.

50 Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste.

51 Il n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu.

52 Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus.

53 Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé.

54 C’était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat.

55 Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé.

56 Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.

Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année B

Qui est coupable ?

(Rameaux – La Passion du Seigneur, année B, Marc 14, 1-72; 15, 1-47)

(Traduction en polonais)

IMG_rameauxLes foules font peur. Elles se retournent facilement. Elles vous acclament puis le lendemain peuvent facilement vous huer…ou même devenir hostiles. Elles ne réfléchissent pas : elles agissent comme une seule masse, immédiatement. A Jérusalem, elles accueillent Jésus en triomphe, comme le Messie, puis le condamnent à mort quelques jours plus tard. Quelle contradiction!

Jérusalem ? En bonne partie, cette ville hait Jésus et il y vient peu. Il y est vu comme un trouble-fête qui fait ombrage au tourisme religieux qui rapporte gros, et comme celui qui s’oppose ouvertement au Temple. En effet, le Temple est le plus important employeur de la ville : il fait vivre des milliers de petits commerçants qui gravitent autour de la caste des prêtres et des riches de la haute ville. Même si les petites gens aiment Jésus, ils ne veulent pas perdre leur gagne-pain et n’hésiteront donc pas à se retourner contre lui pour plaire aux puissants. Comme quoi, rien n’a bien changé…Quelle horreur !

En venant à Jérusalem contre l’avis de ses disciples qui voient bien un drame se profiler, Jésus se jette volontairement dans la gueule du loup. Il sait ce qui l’attend. Ceux qui l’accueillent triomphalement sont le mêmes qui demanderont son exécution pour plaire aux prêtres. Et dans tout ça, Judas qui sent bien le vent tourner, n’aura aucun mal à accomplir sa besogne. Quel dégout !

Oui, contradiction, horreur et dégout : voilà ce que nous inspirent ces lectures. Jésus mourra abandonné de tous, ou presque, lui qui a levé des foules entières.

Jésus se rend à Jérusalem au pire moment : celui de la Pâque, où l’on célébrait le printemps et la libération du peuple juif qui avait vécu l’esclavage en Égypte. La ville est encombrée de pèlerins, tout le monde est là, et les risques sont tels que même le gouverneur de la province transfert temporairement chaque année ses quartiers de Césarée à Jérusalem pour parer à toute éventualité. Il y a des soldats à chaque coin de rue. Quand Jésus arrive la foule reconnaît le Messie et l’acclame. Mais, une fois dans la ville, Jésus ne se conforme pas aux habitudes mercantiles de ceux qui l’entourent. Bien au contraire, il renverse tout dans le Temple, chassant les marchands, et se mettant définitivement à dos toute la noria de prêtres alentour : s’en est assez, et ils décident de l’éliminer.

Mais les prêtres sont-ils les seuls coupables des souffrances et de la mort de Jésus, ces « juifs perfides » de l’époque comme la liturgie du Vendredi Saint les appelait (en rappelant que le pape Jean XXIII demanda à ce que l’on enlève l’adjectif « perfide ») ? Serait-ce aussi cette foule qui profitait du « business » mis en place par les prêtres autour du Temple ? Seraient-ce les pécheurs, ceux qui refusaient le message de Jésus pour continuer à vaquer à leurs petites affaires et à servir l’argent pour l’argent ? Enfin, est-ce nous, si nous avions été sur place ?

En fait, ceux qui ont fait souffrir et qui ont tué le Christ, sont ceux qui ont refusé son message d’amour, un amour des uns pour les autres, sans exclusive, en pensant en premier aux pauvres, aux malades, aux petits, aux humbles et aux exclus. Ce sont les mêmes qui ont refusé (et qui refusent encore aujourd’hui) de voir en Jésus l’envoyé de Dieu, parce que ceci est incompréhensible à leurs yeux.

Jésus s’est livré volontairement à ses bourreaux. Par ses souffrances et par sa mort, il nous dit qu’il est avec nous dans notre propre souffrance et notre propre mort et qu’en Dieu il nous faut espérer. Nous devons rester fidèles à sa Parole, rester fidèles à celui qui, par son sacrifice, nous a fait la démonstration éclatante de l’amour ultime.

Bernard

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (Mc 14, 1-72; 15, 1-47)

14

01  La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu dans deux jours. Les chefs des prêtres et les scribes cherchaient le moyen d’arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir.
02  Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter une émeute dans le peuple. »
03  Jésus se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête.
04  Or, quelques-uns s’indignaient : « A quoi bon gaspiller ce parfum ?
05  On aurait pu le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent et en faire don aux pauvres. » Et ils la critiquaient.
06  Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? C’est une action charitable qu’elle a faite envers moi.
07  Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous voudrez, vous pourrez les secourir ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
08  Elle a fait tout ce qu’elle pouvait faire. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.
09  Amen, je vous le dis : Partout où la Bonne Nouvelle sera proclamée dans le monde entier, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
10  Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les chefs des prêtres pour leur livrer Jésus.
11  A cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Dès lors Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
12  Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? »
13  Il envoie deux disciples : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le.
14  Et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’
15  Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
16  Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque.
17  Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.
18  Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »
19  Ils devinrent tout tristes, et ils lui demandaient l’un après l’autre : « Serait-ce moi ? »
20  Il leur répondit : « C’est l’un des Douze, qui se sert au même plat que moi.
21  Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui qui le livre ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né. »
22  Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »
23  Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
24  Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude.
25  Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. »
26  Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
27  Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
28  Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
29  Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
30  Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
31  Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous disaient de même.
32  Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Restez ici ; moi, je vais prier. »
33  Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.
34  Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Demeurez ici et veillez. »
35  S’écartant un peu, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.
36  Il disait : « Abba... Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »
37  Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ?
38  Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
39  Il retourna prier, en répétant les mêmes paroles.
40  Quand il revint près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis. Et ils ne savaient que lui dire.
41  Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.
42  Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. »
43  Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva avec une bande armée d’épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres, les scribes et les anciens.
44  Or, le traître leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »
45  A peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa.
46  Les autres lui mirent la main dessus et l’arrêtèrent.
47  Un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
48  Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons ?
49  Chaque jour, j’étais parmi vous dans le Temple, où j’enseignais ; et vous ne m’avez pas arrêté. Mais il faut que les Écritures s’accomplissent. »
50  Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
51  Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour vêtement qu’un drap. On le saisit.
52  Mais lui, lâchant le drap, se sauva tout nu.
53  Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, et tous les chefs des prêtres, les anciens et les scribes se rassemblent.
54  Pierre avait suivi Jésus de loin, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis parmi les gardes, il se chauffait près du feu.
55  Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort, et ils n’en trouvaient pas.
56  De fait, plusieurs portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient même pas.
57  Quelques-uns se levaient pour porter contre lui ce faux témoignage :
58  « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ »
59  Et même sur ce point, ils n’étaient pas d’accord.
60  Alors le grand prêtre se leva devant l’assemblée et interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien à ce que ces gens déposent contre toi ? »
61  Mais lui gardait le silence, et il ne répondait rien. Le grand prêtre l’interroge de nouveau : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? »
62  Jésus lui dit : « Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
63  Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?
64  Vous avez entendu le blasphème. Quel est votre avis ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.
65  Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le rouèrent de coups, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des gifles.
66  Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une servante du grand prêtre.
67  Elle le voit qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
68  Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que tu veux dire. » Puis il sortit dans le vestibule.
69  La servante, l’ayant vu, recommença à dire à ceux qui se trouvaient là : « En voilà un qui est des leurs ! »
70  De nouveau, Pierre le niait. Un moment après, ceux qui étaient là lui disaient : « Sûrement tu en es ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
71  Alors il se mit à jurer en appelant sur lui la malédiction : « Je ne connais pas l’homme dont vous parlez. »
72  Et aussitôt, un coq chanta pour la seconde fois. Alors Pierre se souvint de la parole de Jésus : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il se mit à pleurer.

15

01  Dès le matin, les chefs des prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le grand conseil. Puis ils enchaînèrent Jésus et l’emmenèrent pour le livrer à Pilate.
02  Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répond : « C’est toi qui le dis. »
03  Les chefs des prêtres multipliaient contre lui les accusations.
04  Pilate lui demandait à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
05  Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate s’en étonnait.
06  A chaque fête de Pâque, il relâchait un prisonnier, celui que la foule demandait.
07  Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour avoir tué un homme lors de l’émeute.
08  La foule monta donc, et se mit à demander à Pilate la grâce qu’il accordait d’habitude.
09  Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
10  (Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les chefs des prêtres l’avaient livré.)
11  Ces derniers excitèrent la foule à demander plutôt la grâce de Barabbas.
12  Et comme Pilate reprenait : « Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs ? »,
13  ils crièrent de nouveau : « Crucifie-le ! »
14  Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »
15  Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas, et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
16  Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du Prétoire, c’est-à-dire dans le palais du gouverneur. Ils appellent toute la garde,
17  ils lui mettent un manteau rouge, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
18  Puis ils se mirent à lui faire des révérences : « Salut, roi des Juifs ! »
19  Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
20  Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau rouge, et lui remirent ses vêtements.
Puis, ils l’emmenèrent pour le crucifier,
21  et ils réquisitionnent, pour porter la croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.
22  Et ils amènent Jésus à l’endroit appelé Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire.
23  Ils lui offraient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.
24  Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
25  Il était neuf heures lorsqu’on le crucifia.
26  L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
27  Avec lui on crucifie deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
28  Ainsi fut accompli ce que dit l’Écriture: Il a été mis au nombre des malfaiteurs.
29  Les passants l’injuriaient en hochant la tête : « Hé ! toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours,
30  sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
31  De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !
32  Que le Messie, le roi d’Israël, descende maintenant de la croix ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
33  Quand arriva l’heure de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusque vers trois heures.
34  Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
35  Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
36  L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »
37  Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
38  Le rideau du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
39  Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, s’écria : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! »
40  Il y avait aussi des femmes, qui regardaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le petit et de José, et Salomé,
41  qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
42  Déjà le soir était venu ; or, comme c’était la veille du sabbat, le jour où il faut tout préparer,
43  Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le royaume de Dieu. Il eut le courage d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
44  Pilate, s’étonnant qu’il soit déjà mort, fit appeler le centurion, pour savoir depuis combien de temps Jésus était mort.
45  Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
46  Joseph acheta donc un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un sépulcre qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
47  Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, regardaient l’endroit où on l’avait mis.

Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année A

Qui est coupable ?

(Rameaux – La Passion du Seigneur,  année A,  Matthieu 21, 1-11 ; 26, 14-75 ; 27, 1-66)

(Traduction en polonais)

IMG_rameauxLes foules font peur. Elles se retournent facilement. Elles vous acclament puis le lendemain peuvent facilement vous huer…ou même devenir hostiles. Elles ne réfléchissent pas : elles agissent comme une seule masse, immédiatement. A Jérusalem, elles accueillent Jésus en triomphe, comme le Messie,  puis le condamnent à mort quelques jours plus tard. Quelle contradiction!

Jérusalem ? En bonne partie, cette ville hait Jésus et il y vient peu. Il y est vu comme un trouble-fête qui fait ombrage au tourisme religieux qui rapporte gros, et comme celui qui s’oppose ouvertement au Temple. En effet, le Temple est le plus important employeur de la ville : il fait vivre des milliers de petits commerçants qui gravitent autour de la caste des prêtres et des riches de la  haute ville. Même si les petites gens aiment Jésus, ils ne veulent pas perdre leur gagne-pain et n’hésiteront donc pas à se retourner contre lui pour plaire aux puissants. Comme quoi, rien n’a bien changé…Quelle horreur !

En venant à Jérusalem contre l’avis de ses disciples qui voient bien un drame se profiler, Jésus se jette volontairement dans la gueule du loup. Il sait ce qui l’attend. Ceux qui l’accueillent triomphalement sont le mêmes qui demanderont son exécution pour plaire aux prêtres. Et dans tout ça, Judas qui sent bien le vent tourner, n’aura aucun mal à accomplir sa besogne. Quel dégout !

Oui, contradiction, horreur et dégout : voilà ce que nous inspirent ces lectures. Jésus mourra abandonné de tous, ou presque, lui qui a levé des foules entières.

Jésus se rend à Jérusalem au pire moment : celui de la Pâque, où l’on célébrait le printemps et la libération du peuple juif qui avait vécu l’esclavage en Égypte. La ville est encombrée de pèlerins, tout le monde est là, et les risques sont tels que même le gouverneur de la province transfert temporairement chaque année ses quartiers de Césarée à Jérusalem pour parer à toute éventualité. Il y a des soldats à chaque coin de rue. Quand Jésus arrive la foule reconnaît le Messie et l’acclame. Mais, une fois dans la ville, Jésus ne se conforme pas aux habitudes mercantiles de ceux qui l’entourent. Bien au contraire, il renverse tout dans le Temple, chassant les marchands, et se mettant définitivement à dos toute la noria de prêtres alentour : s’en est assez, et ils décident de l’éliminer.

Mais les prêtres sont-ils les seuls coupables des souffrances et de la mort de Jésus, ces « juifs perfides » de l’époque comme la liturgie du Vendredi Saint les appelait (en rappelant que le pape Jean XXIII demanda à ce que l’on enlève l’adjectif « perfide ») ? Serait-ce aussi cette foule qui profitait du « business » mis en place par les prêtres autour du Temple ? Seraient-ce les pécheurs, ceux qui refusaient le message de Jésus pour continuer à vaquer à leurs petites affaires et à servir l’argent pour l’argent ? Enfin, est-ce nous, si nous avions été sur place ?

En fait, ceux qui ont fait souffrir et qui ont tué le Christ, sont ceux qui ont refusé son message d’amour, un amour des uns pour les autres, sans exclusive, en pensant en premier aux pauvres, aux malades, aux petits, aux humbles et aux exclus. Ce sont les mêmes qui ont refusé (et qui refusent encore aujourd’hui) de voir en Jésus l’envoyé de Dieu, parce que ceci est incompréhensible à leurs yeux.

Jésus s’est livré volontairement à ses bourreaux. Par ses souffrances et par sa mort, il nous dit qu’il est avec nous dans notre propre souffrance et notre propre mort et qu’en Dieu il nous faut espérer. Nous devons rester fidèles à sa Parole, rester fidèles à celui qui, par son sacrifice, nous a fait la démonstration éclatante de l’amour ultime.

Bernard Vollerin

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 1-11 ; 26, 14-75; 27, 1-66)

21

01 Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent à Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples :

02 « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi.

03 Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il les renverra aussitôt.’ »

04 Cela s’est passé pour accomplir la parole transmise par le prophète :

05 Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme.

06 Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné.

07 Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus.

08 Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.

09 Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »

10 Comme Jésus entrait à Jérusalem, l’agitation gagna toute la ville ; on se demandait : « Qui est cet homme ? »

11 Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

26

14i  L. L’un des douze Apôtres de Jésus, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres
15  et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d’argent.
16  Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
17  Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? »
18  Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ‘Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’»
19  Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
20  Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.
21  Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »
22  Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l’un après l’autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? »
23  Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer.
24  Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! »
25  Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi qui l’as dit ! »
26  Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »
27  Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant :
28  « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés.
29  Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »
30  Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
31  Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.
32  Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
33  Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. »
34  Jésus reprit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. »
35  Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples en dirent autant.
36  Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Restez ici, pendant que je m’en vais là-bas pour prier. »
37  Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.
38  Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. »
39  Il s’écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »
40  Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ?
41  Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
42  Il retourna prier une deuxième fois : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »
43  Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.
44  Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.
45  Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer ! La voici toute proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs !
46  Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. »
47  Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, avec une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple.
48  Le traître leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. »
49  Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! », et il l’embrassa.
50  Jésus lui dit : « Mon ami, fais ta besogne. » Alors ils s’avancèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent.
51  Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
52  Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée.
53  Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges ?
54  Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures ? D’après elles, c’est ainsi que tout doit se passer. »
55  A ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais assis dans le Temple où j’enseignais, et vous ne m’avez pas arrêté.
56  Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. » Alors les disciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent.
57  Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens.
58  Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.
59  Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort.
60  Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux,
61  qui déclarèrent : « Cet homme a dit : ‘Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.’ »
62  Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien à tous ces témoignages portés contre toi ? »
63  Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu. »
64  Jésus lui répond : « C’est toi qui l’as dit ; mais en tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »
65  Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème !
66  Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »
67  Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups ; d’autres le giflèrent
68  en disant : « Fais-nous le prophète, Messie ! qui est-ce qui t’a frappé ? »
69  Quant à Pierre, il était assis dehors dans la cour. Une servante s’approcha de lui : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! »
70  Mais il nia devant tout le monde : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. »
71  Comme il se retirait vers le portail, une autre le vit et dit aux gens qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. »
72  De nouveau, Pierre le nia : « Je jure que je ne connais pas cet homme. »
73  Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent de Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ; d’ailleurs ton accent te trahit. »
74  Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Aussitôt un coq chanta.
75  Et Pierre se rappela ce que Jésus lui avait dit : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement.

27

01  Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort.
02  Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent pour le livrer à Pilate, le gouverneur.
03  Alors Judas, le traître, fut pris de remords en le voyant condamné ; il rapporta les trente pièces d’argent aux chefs des prêtres et aux anciens.
04  Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Qu’est-ce que cela nous fait ? Cela te regarde ! »
05  Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre.
06  Les chefs des prêtres ramassèrent l’argent et se dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. »
07  Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le Champ-du-Potier pour y enterrer les étrangers.
08  Voilà pourquoi ce champ a été appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang.
09  Alors s’est accomplie la parole transmise par le prophète Jérémie : Ils prirent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix par les enfants d’Israël,
10  et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
11  On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi qui le dis. »
12  Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien.
13  Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »
14  Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.
15  Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.
16  Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.
17  La foule s’étant donc rassemblée, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus qu’on appelle le Messie ? »
18  Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on l’avait livré.
19  Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
20  Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.
21  Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »
22  Il reprit : « Que ferai-je donc de Jésus, celui qu’on appelle le Messie ? » Ils répondirent tous : « Qu’on le crucifie ! »
23  Il poursuivit : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu’on le crucifie ! »
24  Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre ; alors il prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde ! »
25  Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »
26  Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu’il soit crucifié.
27  Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.
28  Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge.
29  Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient en lui disant : « Salut, roi des Juifs ! »
30  Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.
31  Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
32  En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.
33  Arrivés à l’endroit appelé Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire,
34  ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.
35  Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;
36  et ils restaient là, assis, à le garder.
37  Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
38  En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
39  Les passants l’injuriaient en hochant la tête :
40  « Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »
41  De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :
42  « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C’est le roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui !
43  Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant s’il l’aime ! Car il a dit : ‘Je suis Fils de Dieu.’ »
44  Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
45  A partir de midi, l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à trois heures.
46  Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
47  Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »
48  Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire.
49  Les autres dirent : « Attends ! nous verrons bien si Élie va venir le sauver. »
50  Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
51  Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.
52  Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,
53  et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.
54  A la vue du tremblement de terre et de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu ! »
55  Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.
56  Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
57  Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus.
58  Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre.
59  Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf,
60  et le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla.
61  Cependant Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.
62  Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate,
63  en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : ‘Trois jours après, je ressusciterai.’
64  Donne donc l’ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : ‘Il est ressuscité d’entre les morts.’ Cette dernière imposture serait pire que la première. »
65  Pilate leur déclara : « Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez. »
66  Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.