2ème dimanche de Carême – Année C

Garder le silence

(2ème dimanche de Carême, année C, Luc 9, 28-36)

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(Traduction en polonais)

IMG_transfiguration: 2ème dimanche de Carême - Année C« Je ne peux  pas contempler Dieu directement. Car c’est un peu comme quand je dois regarder une étoile éloignée sur le côté pour pouvoir la voir. Je dois aussi détourner légèrement mon regard pour apercevoir Dieu. Un Dieu qui peut créer toutes les planètes, les galaxies, les quasars, les arbres et les fleurs est paré d’une gloire trop éclatante pour être contemplé directement. C’est comme un bruit immense trop fort pour mes oreilles. »

Ces mots de Kristen Johnson Ingram*, je me les répète en pensant au visage du Christ « brillant comme le soleil », une beauté dont Pierre, Jacques et Jean doivent faire l’expérience dans le silence. Et cela nous arrive souvent quand l’on regarde le ciel plein d’étoiles, de dire : « Chut, regarde, et tais toi! »

Ce qui arriva aux trois amis de Jésus sur la montagne les laissa sans voix. Ils ne pouvaient même pas tenter de l’expliquer, car c’était tellement exceptionnel, tellement mystérieux. Finalement, ils ne cherchèrent même pas à en parler. Ils suivirent probablement sans difficulté l’ordre que leur donna Jésus : ils gardèrent le silence. Ils ne firent état des souvenirs de cet événement, la Transfiguration du Christ, que quelques années plus tard rappelant l’image éclatante que leur donnait Jésus entouré de Moïse et d’Élie.

Mais comment appréhendons-nous ce mystère de la Transfiguration ? En effet, nous cherchons trop souvent à lire les expériences que nous vivons uniquement à travers des critères de Raison. Les vérités sont analysées, mesurées, pesées et expliquées. Cette approche scientifique est le fondement de notre « modernité ». La Raison devient de plus en plus le seul critère de jugement et l’on entend dire: « si ce n’est explicable, ce n’est pas réel et vrai. »

Le livre du théologien William Placher** explique bien le piège qui nous est tendu : toute transcendance dans notre vie se trouve rejetée car elle n’est pas « domesticable » par notre pensée moderne. De même, petit à petit, Dieu perd toute transcendance, toute sainteté. Nous n’avons plus qu’une vue extrêmement simpliste d’un Dieu qui nous donne « un petit coup de main » pour résoudre nos petits problèmes de tous les jours !

La Transfiguration du Christ ne peut s’appréhender qu’au travers de la présence de Dieu. Croire en Dieu, c’est croire humblement qu’en réalité il existe quelque chose au-delà de l’explicable. C’est un acte de « modestie intellectuelle » où l’on admet qu’il y a une foule de choses que nous ne comprenons pas et qu’il y a un mystère au cœur de ce monde.

Ne descendons donc pas trop rapidement de la montagne !  Restons en contact avec l’inexplicable ! Gardons de l’altitude, prenons le temps de réfléchir et de faire un peu d’espace dans nos vies. Et n’oublions pas que certaines expériences dans nos propres vies n’ont qu’une seule bonne réponse : le silence.

Bernard Vollerin

* Pasteur à la “West End United Methodist Church” de Nashville (Tennessee); publication “Weavings”, 2007.

** « The domestication of Transcendence : How Modern Thinking about God Went Wrong », Westminster John Knox Press, 1999.

Évangile de Jésus-Christ selon St Luc (9, 28-36)

28 Et voici qu’environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier.

29 Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante.

30 Et deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,

31 apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem.

32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés.

33 Ces derniers s’en allaient, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.

34 Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent.

35 Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. »

36 Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu’ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là.

1er dimanche de Carême – Année C

Tentations

(1er dimanche de Carême, année C, Luc 4, 1-13)

IMG_1er_careme_C_tentation_christAu fil des ans, la période de Carême débute immanquablement par un évangile relatant les tentations de Jésus au désert. Aujourd’hui, les temps sont autres, mais nous sommes toujours aussi nombreux à nous culpabiliser juste du fait d’être sujet à ces fameuses tentations alors que nous sommes (ou pensons être) foncièrement honnêtes et droit dans notre tête.

Force est de constater qu’elles sont de plus en plus présentes dans notre vie et qu’elles font pression sur nous, notre société ne s’habillant bientôt plus que d’un simple tissu fait de toutes ces tentations…et de rien d’autre ! En vrac : désir d’acquérir plus de biens matériels, désir de dominer les autres, désir de paraitre, désir de posséder le corps de l’autre pour notre propre plaisir. Dans ce mélimélo, nous ne voyons plus très bien la distance qui sépare le mirage de la réalité.

Se sentir tenté devient souvent pour nous signe de faiblesse, une sorte d’antichambre du péché. Mais sommes-nous spirituellement ou moralement coupables si notre taux d’adrénaline monte ou si notre cœur se met à battre plus fort lorsque nous sommes sujets à toutes les tentations de ce monde ? Sommes-nous pécheurs lorsque nous ressentons des désirs que nous savons porteurs du péché ? Non ! Car la tentation est une chose qui fait partie de nos pulsions naturelles et de notre condition humaine. Une chose est rassurante : même Jésus, Dieu fait homme, a été soumis à la tentation !

Nous savons tous que de la tentation au péché il n’y a qu’un pas. Franchir ce pas, se laisser aller à nos tentations avouées ou non, fait de nous des pécheurs car nous perdons de vue l’essentiel : les enseignements du Christ. Par notre faute, nous nous condamnons, nous entrons dans la mort, celle du cœur, celle de l’Âme.

En cette période de début de Carême, nous avons besoin de nous isoler, d’aller au désert, de faire le vide autour de nous pour retrouver nos repères dans le Christ, de prendre conscience des tentations qui sont les nôtres et de nous tourner vers Dieu pour lui rendre grâce de nous avoir donné son fils venu nous sauver. C’est là toute la signification du Carême.

Bernard Vollerin

Evangile de Jésus selon Saint Luc (4, 1-13)

01 Jésus, rempli de l’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert

02 où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.

03 Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »

04 Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. »

05 Le démon l’emmena alors plus haut, et lui fit voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre.

06 Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux.

07 Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »

08 Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »

09 Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ;

10 car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ;

11 et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

12 Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

13 Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

Vous avez dit “Carême”?

Carême

IMG_caremeLe Mercredi des Cendres nous entrons dans la période que les chrétiens appellent le Carême. Cette période dure jusqu’au Samedi Saint qui précède la fête de Pâques. Ceci correspond à 40 jours (plus les dimanches) qui nous rappellent les 40 jours de jeûne de Moïse avant qu’il ne reçoive les Tables de la Loi, ou encore les 40 jours passés au désert par le Christ après son baptême et avant qu’il ne commence vraiment sa vie publique. Le Carême s’appelait d’ailleurs à une époque la Sainte Quarantaine et le mot « Carême » est en fait dérivé du latin « quadragesima » qui se traduit par « quarantième ».

La pratique du Carême remonte au IVème siècle, vers l’an 360 environ. Elle a été instituée lors du Concile de Laodicée. Rappelons au passage que ce concile, qui se tenait dans cette petite ville située près de l’actuelle Denizli en Turquie, a proclamé par ailleurs un certains nombres de «Canons », certains d’entre eux pouvant paraitre un peu désuets de nos jours, voire même passablement saugrenus, comme par exemple le Canon 36 qui défendait aux prêtres d’être des magiciens, des astrologues ou des mathématiciens, ou bien encore le Canon 53, assez savoureux, qui interdisait aux chrétiens de danser aux noces auxquelles ils assistaient !

Mais au-delà de l’anecdote, l’institution de ce temps de quarantaine a été fondamentale. Car ce temps est vraiment devenu au fil des années une période d’attente de la Fête de Pâques. Un temps où nous sommes invités à vivre en nous recentrant sur le Christ, en renforçant notre vie spirituelle et en essayant de nous extraire du tumulte et du brouhaha qui entoure notre vie soi-disant « moderne ». En quelque sorte, un temps pour retrouver notre sérénité.

Le Carême est-il un temps de « pénitence » pris au sens de « punition » ? Certainement pas ! Il faut prendre ici le mot « pénitence » dans son vrai sens d’une préparation à la fête de Pâques par la prière, le don et le jeûne, afin de créer un environnement de réflexion et de méditation sur les valeurs essentielles de notre condition humaine. C’est le temps où nous revenons aux choses importantes. Dans ce contexte, jeûner ne veut pas dire qu’il faille, au sens commun du terme, se priver totalement de nourriture : jeûner consiste à se priver de certaines choses qui encombrent notre vie afin de focaliser notre énergie sur d’autres choses bien plus importantes comme la Parole du Christ. Prenez un exemple tout à fait simple : êtes-vous prêts à vous priver d’internet et de télévision pendant 40 jours ? Hum… pas sûr… mais si vous le pouvez, essayez ! Vous constaterez que votre perception du monde va grandement changer, que votre rythme intérieur va s’apaiser et que, par là-même, en faisant plus d’espace dans votre vie, vous aurez plus de temps pour méditer et reprendre des forces intérieures.

Le Carême c’est finalement un temps où nous devons nous souvenir que nous sommes tous mortels, en attente de résurrection. Mais… cela nous effraie tous un peu, et il y a de quoi ! Alors nous essayons de l’oublier lors des derniers jours qui précèdent le Mercredi des Cendres  en nous enivrant de tout, en chantant et en dansant jusqu’au Mardi Gras, comme pour profiter des derniers moments de « liberté » qui nous restent ! Discutable…. car la liberté n’est pas toujours là où nous pensons la trouver et faire la fête n’effacera pas la marche inéluctable du temps.

Alors, en Carême entre Cendres et Pâques, essayons de nous parler à nous-mêmes, de voir clair en nos vies, en tenant toujours par la main le petit enfant qu’un jour nous avons été.

Bernard Vollerin

4ème dimanche de Carême – Année B

L’école buissonnière

(4ème dimanche de Carême, année B, Jean 3, 14-21)

(Traduction en polonais)

IMG_4eme-careme-B-ecole-buissonniere

Vous souvenez vous ? Oui, quand nous avions peut-être huit ou dix ans… Que c’était bon de s’enfuir à travers champs ou dans le dédale des rues pour profiter d’une liberté qui nous semblait refusée, une liberté de faire un peu tout et n’importe quoi en choisissant dans la panoplie des choses interdites.

Quand je « séchais » les cours, je me souviens que c’était excitant sur le moment, mais ensuite venait les temps des regrets, car je sentais bien que j’avais rompu le lien de confiance entre mes parents ou mon instituteur et moi. Au fond, tout bien pesé, cela valait-il la peine de me cacher pour prendre les chemins de traverse ?

Et bien Jean, en termes simples, nous dit en fait la même chose. Il en vient à l’essentiel sur l’attitude de l’homme : les ténèbres complices sont un peu comme l’école buissonnière. Elles sont là pour cacher les faiblesses et les inconduites de l’homme, alors que la lumière de la Parole de Jésus est si crue qu’elle lui fait craindre des reproches. La peur d’être jugé le laisse parfois pourrir au tréfonds de lui-même, recroquevillé sur son péché.

Et vous ? Vous cachez-vous dans les ténèbres ? Avez-vous peur de la lumière de Dieu, de son jugement ? Si vous répondez oui, vous avez tord : sachez qu’il n’y a rien que Dieu ne puisse pardonner car son cœur est immense. La seule chose qu’il demande à ceux qui ont sombré dans les ténèbres, c’est d’accepter de revenir vers la lumière qu’il nous offre. Tout simplement.

Bernard

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 3, 14-21)

 

14  De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
15  afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
16  Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
17  Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
18  Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
19  Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
20  En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées ;
21  mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu. »

5ème dimanche de Carême – Année A

Alors Jésus pleura

(5ème dimanche de Carême, année A, Jean 11, 1-45)

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(Traduction en polonais)

CA n’en pas douter, si l’on demandait aux enfants de citer un verset de la Bible très facile à retenir, ils diraient : « Jean 11, verset 35 : Alors Jésus pleura ». En effet, c’est le verset le plus court de la Bible ! A ce titre, il reste dans la mémoire de nombre d’entre nous.

Quand Jésus arrive à Béthanie, petite ville près de Jérusalem, son ami Lazard est déjà mort. Marthe et Marie, les deux sœurs de Lazare, lui reprochent vertement d’arriver trop tard car, estiment-elles, il aurait pu le sauver comme il en a sauvé d’autres. Ce qui se passe alors et bien difficile à comprendre, pour nous, à ce stade. Jean est d’ailleurs très succinct dans sa description des faits. Il nous dit simplement : «Après cela, il cria d’une voix forte: «Lazare, viens dehors!» Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit: «Déliez-le, et laissez-le aller.»

Jésus avait bien sûr déjà dit à Marthe : «Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. » Mais, en hommes « modernes », nous pouvons réagir au premier degré en disant : « Holà ! Attendez un peu. Des choses comme ça ne peuvent pas arriver ! » Et de nous retrancher dans un analyse de la plausibilité strictement physiologique de cet événement. Est-ce bien la bonne chose à faire?

Nous en revenons toujours à cette attitude matérialiste qui inonde le monde où l’on entend répéter à l’envi : « Si ce n’est pas explicable, ce n’est pas vrai ! » Oui, les hommes « modernes » s’accommodent mal du mystère. Ça les dérange. Mystère de la Vie, mystère de la Mort, mystère de la Foi perdue puis retrouvée. Quand à la Résurrection, n’en parlons pas !

Il n’en reste pas moins que les témoignages de personnes cliniquement mortes pendant des heures et des heures et qui reviennent à la vie, il y en a plein nos téléviseurs et plein sur les rayons de nos libraires. Ils font bien sûr les choux gras de présentateurs ou d’auteurs qui n’y trouvent souvent que le profit comme motivation. Mais ces témoignages sont là, avec de longues listes de faits inexplicables, surprenants, mystérieux…et qu’il faut bien admettre.

Il n’y a donc pas lieu ici d’entrer dans un faux débat. Disons seulement : Si Jésus est le Fils de Dieu et Dieu incarné, il peut briser les règles simples de physiologie que nous connaissons à ce jour et ramener à la vie un être cliniquement mort. Il possède la clé de la vie, il possède donc aussi celle de la mort.

« Alors Jésus pleura ». Oui, il pleura pour Lazare son ami si cher, mais il pleura aussi de gratitude pour le don de la vie, sa propre vie. Il versa des larmes de joie pour la promesse de l’amour éternel de Dieu qui l’accompagnera dans la vallée des ombres qui conduit à la mort sur la croix. C’est ce même amour éternel de Dieu qui nous comble, nous et tous les êtres qui nous sont chers.

Bernard Vollerin

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 11, 1-45)

01  Un homme était tombé malade. C’était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe.
02  (Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade, était son frère.)
03  Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
04  En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
05  Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
06  Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait ;
07  alors seulement il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
08  Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? »
09  Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
10  mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
11  Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je m’en vais le tirer de ce sommeil. »
12  Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
13  Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu’il parlait de la mort.
14  Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort,
15  et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
16  Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »
17  Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
18  Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une demi-heure de marche environ –
19  beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil.
20  Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison.
21  Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort.
22  Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas. »
23  Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
24  Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. »
25  Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;
26  et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
27  Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »
28  Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »
29  Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus.
30  Il n’était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
31  Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
32  Elle arriva à l’endroit où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. »
33  Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde.
34  Il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. »
35  Alors Jésus pleura.
36  Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l’aimait ! »
37  Mais certains d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
38  Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
39  Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là. »
40  Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
41  On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.
42  Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. »
43  Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »
44  Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »
45  Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.

4ème dimanche de Carême – Année A

Voir ? C’est se convertir !

(4ème dimanche de Carême, année A, Jean 9, 1-41)

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(Traduction en polonais)

IMG_aveugleAu 4ème siècle, Saint Ambroise disait au sujet de ce passage de l’Évangile :

« La seule raison pour laquelle Jésus mélangea de la terre à de la salive pour l’appliquer sur les yeux de l’aveugle, c’est pour nous rappeler que Celui qui guérit l’infirme en lui enduisant les yeux avec de la terre est Celui-là même qui a façonné le premier homme et la première femme avec de la terre. Cette terre qui est notre chair peut recevoir la vie éternelle par le sacrement du baptême. »

« Vous aussi, allez à Siloé, c’est-à-dire allez à celui qui vous a été envoyé par le Père. Allez et soyez baptisés. Il est temps. Allez vite, et vous aussi pourrez dire: j’étais aveugle et maintenant je vois. »

En effet, le récit de l’aveugle-né peut se comprendre comme un texte sur le Baptême… où, par l’intermédiaire de Jésus, Dieu vient guérir l’humanité. Cet aveugle-né est un homme brisé, ignoré, un laissé pour compte que les passants ne « voient » même plus. Et soudain, lorsqu’il recouvre la vision, les gens autour de lui ne le reconnaissent pas : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »

Oui, les gens ne reconnaissent pas le converti. Êtes-vous par exemple de ceux qui doivent sans cesse expliquer autour de vous pourquoi vous êtes un converti, pourquoi vous avez la foi ? Et puis, comme on vous rend parfois la vie difficile, en êtes-vous réduit à leur souffler : « Mais regarde ! Je te l’ai déjà dit ! Veux-tu que je le répète encore et encore ? » En êtes-vous arrivé à un tel point d’exaspération ?

Il n’y a pas plus aveugle que celui qui rejette l’appel de notre Seigneur, son appel à changer nos vies, son appel pour que nous apportions du réconfort à ceux autour de nous qui en ont vraiment besoin, qu’ils soient ou non pécheurs.

Chose assez étrange : ce n’est pas l’aveugle-né qui est le personnage central de ce passage, mais la cécité de ceux qui l’entourent, en particulier celle  des prêtres et autres pharisiens. C’est toute la différence entre ceux qui ne peuvent pas voir et ceux qui ne veulent pas voir.

Voir, c’est accepter le changement, c’est briser le statu quo, chose pas facile dans un monde fait de confort « rassurant ». Voir : c’est finalement se convertir !

Nous sommes tous des aveugles-nés pour que la grâce de Dieu descende dans nos vies et nous guérisse du péché.

Bernard Vollerin

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 9, 1-41)

01i  En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
02  Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
03  Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui.
04  Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir.
05  Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
06  Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle,
07  et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
08  Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
09  Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »
10  Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-il ouverts ? »
11  Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ‘Va te laver à la piscine de Siloé.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
12  Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »
13  On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
14  Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
15  A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. »
16  Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
17  Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
18  Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
19  et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voie maintenant ? »
20  Les parents répondirent : « Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle.
21  Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
22  Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
23  Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »
24  Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
25  Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
26  Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
27  Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
28  Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
29  Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
30  L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.
31  Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
32  Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.
33  Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
34  Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.
35  Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
36  Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
37  Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
38  Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui.
39  Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
40  Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
41  Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure.